Voir la mouche et la découvrir, c'est parfois une surprise !
C'est l'objet de ce jour.
La mouche à damier
Quand le mystère qui s'impose à nous est grand on se pose la question de savoir si on rêve, il brouille les frontières de notre réalité ! On se surprend à douter : est-ce un rêve qui s’étire au-delà de la nuit, ou bien avons-nous basculé, sans crier gare, dans une autre dimension ?
Le monde familier semble soudain se dérober, comme un décor de théâtre dont les toiles se déchirent une à une. Les repères vacillent, les certitudes s’effilochent, et l’on se retrouve nu face à l’inconnu, saisi par une émotion à la fois vertigineuse et fascinante.
Ce qui nous enveloppe alors n’est plus seulement un phénomène, mais une expérience totale, presque charnelle. Elle nous traverse, nous questionne, et nous laisse dans un état de sidération mêlée d’émerveillement . On oscille entre peur de perdre pied et l'envie de se laisser porter par cette étrange mélodie de l'invisible.
Peut-être est-ce là, justement, que réside la magie du mystère : dans sa capacité à nous rappeler que la réalité n’est jamais figée, qu’elle peut, à tout moment, se métamorphoser sous nos yeux ébahis.
Et si, finalement, ces instants où tout bascule n’étaient pas des ruptures, mais des révélations ? Des portes entrouvertes sur des vérités que notre esprit rationnel refuse d’admettre au grand jour ? Mais des paroles semblaient me réveiller, me tirer de ma torpeur, me clouer sur terre, l'incroyable devenu réalité est devant moi, cette mouche insiste !
— On ne me quitte pas sans me dire un mot, ce n’est pas gentil, murmura-t-elle dans un bourdonnement presque mélodieux.
Je sursautai, moins de peur que de stupéfaction. Les mouches ne parlent pas, bien sûr. Pourtant, dans ce silence de fin d’après-midi, j’aurais juré entendre sa voix, fine et espiègle, résonner dans ma tête.
Certes, ces créatures minuscules et obstinées, ne font que bourdonner, tourbillonner dans l’air avec une indifférence agaçante. Leur langage se limite à ce ronronnement sourd, ce frottement d’ailes contre le silence.
Pourtant, à cet instant précis, j’aurais juré, les doigts crispés sur le bord de la table, le cœur battant à l’unisson de ce bruit insolite : j'aurai juré entendre sa voix !Pas un murmure confus, non : une parole claire, presque intime, comme un chuchotement glissé à mon oreille par une présence invisible. Une voix qui semblait émerger du battement même de ses ailes, ou peut-être de l’ombre tremblante qu’elle projetait sur le mu
Une hallucination ? Un frisson me parcourut l’échine. Je tendis la main vers elle, prêt à saisir cette mouche ordinaire devenue, l’espace d’un instant, messagère d’un mystère bien plus grand que moi.
« Moi, je voulais jouer avec toi » Continua-t-elle, comme si elle lisait dans mes pensées. « Tu dois savoir jouer aux dames, non ? Regarde bien mon corps : un superbe damier ! Je suis venue exprès pour te défier. »
Je ne pus m’empêcher de sourire. L’idée était si absurde, si poétique, que je me pris au jeu. Après tout, pourquoi pas ? Les plus belles histoires naissent souvent de ces moments où l’on accepte de suspendre son incrédulité, où l’on laisse la magie s’immiscer dans le quotidien.
« Très bien ! » Répondis-je en riant doucement, tout en me demandant si je n’étais pas en train de basculer dans un rêve éveillé. « Mais à une condition : tu me laisses te photographier encore un peu. Ton damier est trop beau pour ne pas être immortalisé. »
La mouche sembla hocher la tête, ou peut-être était-ce simplement un petit courant d'air qui la faisait osciller. Peu importait. Je saisis mon appareil, capturant cette fois-ci son profil sur le clavier, son corps contrastant avec les touches noires, comme une pièce de jeu posée sur un plateau inattendu.
Et tandis que je déclenchais l’obturateur, une pensée me traversa : et si cette mouche n’était pas qu’un insecte, mais une messagère ? Une invitée surprise venue me rappeler que le monde est rempli de mystères, de coïncidences, de jeux cachés sous nos yeux ? Peut-être était-elle là pour me dire que la magie existe, à condition de savoir l’accueillir.
« Alors, on joue ? » Demanda-t-elle à nouveau, comme si elle avait perçu mon hésitation. Je souris, secouant la tête avec amusement.
« Pourquoi pas, après tout. Mais à une autre condition : tu me promets de ne pas tricher. Les dames, c’est un jeu de stratégie, et je ne veux pas perdre contre une mouche ! »
Elle s’envola soudain, décrivant un petit cercle au-dessus de ma tête, avant de se poser à nouveau sur l’écran, comme pour marquer son accord. Et dans ce geste, je crus voir une lueur malicieuse, une complicité inattendue entre un photographe en quête d’inspiration et une mouche au damier enchanteur.
Non je ne peux pas vous conter cette partie mémorable vous me traiteriez de menteur ! D’abord, parce que les mots, si précis soient-ils, ne suffiraient pas à en restituer la magie crue, cette lumière étrange qui semblait irradier de chaque détail.
Ensuite, et surtout, qui croirait, en effet, à ces coïncidences trop parfaites, à ces rencontres qui défient le hasard, à ces instants où le temps lui-même paraît s’être arrêté pour nous offrir un cadeau inouï ?
Je vois déjà vos sourires sceptiques, vos hochements de tête poliment incrédules.
Pourtant, je sais ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Certaines vérités sont trop fragiles pour supporter le poids du doute. Alors je les garde précieusement, comme on protège une flamme vacillante du vent
Cette rencontre, aussi brève qu’étrange, allait inspirer bien plus qu’un article. Elle allait devenir une anecdote à raconter, une histoire à partager, un rappel que parfois, il suffit d’ouvrir les yeux, et le cœur, pour que l’ordinaire se transforme en extraordinaire.

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