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Le papillon et les fleurs des lilas

par Gabray 31 24 Avril 2026, 12:00 Papillons,

Au cours de ma dernière promenade j'ai eu l'occasion de photographier les lilas et ce joli papillon, j'ai donc écrit pour vous cette petite histoire !

Le papillon et les fleurs des lilas

Lors de ma dernière promenade dans la nature environnante, alors que le soleil printanier filtrait à travers les branches encore légères des arbres, je fus soudainement saisi par l’éclat de magnifiques lilas en pleine floraison. Leurs grappes généreuses, d’un violet profond presque bleuté, se détachaient avec élégance sur le vert tendre des feuilles naissantes. Le parfum sucré et légèrement épicé qui s’en dégageait, porté par une brise légère, m’a enveloppé comme une invitation à m’arrêter.

J’ai pris le temps de m’asseoir même sur un banc de bois à proximité, pour mieux les admirer. Chaque fleur, délicatement ouverte, semblait offrir un spectacle éphémère, une célébration discrète mais intense de la renaissance du monde après l’hiver. Ces lilas sauvages, si vigoureux et généreux, contrastaient avec celui de mon jardin, encore timide, dont les bourgeons serrés ne s’étaient pas encore décidés à s’épanouir. Peut-être manquait-il de la même lumière crue, de cette terre un peu plus sauvage, ou simplement de la patience que la nature, elle, sait si bien prendre.

Il arrive que la nature, dans son apparente nonchalance, vous offre soudain un spectacle de grâce et de précision. Ce fut le cas ce matin-là, alors que j’observais les lilas en fleurs, ces grappes violettes qui semblaient vouloir boire la lumière à pleines pétales. Soudain, un éclair jaune et noir traversa mon champ de vision, non pas comme une ombre fuyante, mais comme une apparition délibérée, presque théâtrale.

C’était un papillon, aux ailes zébrées de noir et rehaussées de taches jaunes vives, comme si un peintre distrait avait laissé tomber sa palette sur du velours sombre. Il émergea d’un coup des fleurs de lilas, non pas en rampant timidement, mais en jaillissant, comme s’il avait décidé que l’instant était venu de passer à autre chose. Puis, sans hésitation, il se posa sur une autre grappe, plus haut, plus loin, comme s’il dansait avec le vent.

Je restai immobile, fasciné. Quelle était donc cette hâte ? Où donc courait-il ainsi, d’une fleur à l’autre, comme s’il avait un rendez-vous urgent avec le printemps lui-même ? Peut-être cherchait-il le nectar le plus sucré, ou peut-être obéissait-il simplement à cette loi invisible qui pousse les êtres vivants à ne jamais s’arrêter, à toujours aller plus avant, « Plus haut, plus vite ! »

Lui, le papillon, m’ignorait superbement. Pas un regard, pas une hésitation. J’étais là, un vieil homme avec son appareil photo, un spectateur de plus dans l’immensité de son univers miniature. Et c’est cela, peut-être, qui me plut le plus : son indifférence n’était pas de la froideur, mais une leçon de légèreté. « Prends ton temps, semblait-il me dire, mais ne t’attarde pas trop. La beauté est ici, maintenant, et déjà elle s’envole. »

Alors, j’ai fait ce que je sais faire depuis toujours : j’ai saisi mon appareil, j’ai ajusté la mise au point, et j’ai tenté de voler, moi aussi, un fragment de cet instant. Un cliché, deux clichés, trois… comme si, en multipliant les angles, je pouvais capturer l’essence même de son mouvement. Mais je savais, au fond, que la photo ne rendrait jamais justice à cette danse aérienne, à cette insouciance qui défie la pesanteur. Tout au plus garderais-je une trace, un souvenir visuel, une preuve que j’avais été là, témoin silencieux de cette valse printanière.

Ah, mais vous ne devinerez jamais la suite ! Alors que j’ajustais l’objectif de mon appareil, tentant désespérément de figer sur le capteur ce ballet aérien, le papillon — oui, celui-là même — s’est soudain posé sur une fleur de lilas à quelques centimètres à peine de mon visage. Et là, aussi incroyable que cela puisse paraître, il m’a parlé. Enfin, pas avec des mots, bien sûr, mais avec cette évidence silencieuse qui n’appartient qu’aux êtres libres et pressés.

« Alors, mon vieux, on fait le touriste ? »

C’est ce que ses ailes semblaient articuler, tandis qu’elles frémissaient encore de son dernier vol. Son ton était léger, presque moqueur, il me lançait un « Tu crois que t’es à la télé, ou quoi ? » en riant. C’était un papillon qui me remettait à ma place, avec la condescendance amusée d’un travailleur de l’ombre face à un dilettante.

« Regarde-moi ça, continua-t-il en désignant d’un battement d’aile les grappes de lilas autour de nous. Moi, je ne suis pas une star de cinéma, moi. Pas de projecteurs, pas de tapis rouge. Juste un boulot à faire : butiner, polliniser, nourrir la terre. Pendant que toi, tu te balades avec ton boîtier, à chercher l’angle parfait… »

« Pff, s’exclama-t-il en roulant des yeux (du moins, c’est ce que j’imaginai). La beauté, c’est un bonus. Moi, je suis un papillon. Sans moi et mes copains, pas de fruits sur tes pruniers, pas de graines pour les oiseaux, pas de fleurs l’année prochaine. On est les livreurs du vivant, les coursiers de la biodiversité ! Et pas que pour les lilas, hein. Les carottes, les pommes, les tournesols… Même ton café du matin, il dépend de nous ! 

« Tu crois que c’est facile, peut-être ? Ces fleurs, il faut les visiter une par une, sans en sauter une. Sinon, qui fera le travail ? Les abeilles ? Elles sont déjà débordées ! Et puis, moi, au moins, je ne me plains pas. Je ne passe pas mon temps à dire ‘Ah, si seulement j’avais des ailes plus grandes’ ou ‘Si seulement le vent soufflait moins fort’. Non. Je fais. Je vis. Et toi, qu’est-ce que tu fais, à part appuyer sur un bouton ? »

Je ne pus m’empêcher de rire. Voilà que je me faisais sermonner par un insecte ! Mais après tout, il n’avait pas tout à fait tort. Lui, il était dans l’action, dans l’urgence joyeuse de la vie, tandis que moi, je cherchais à capturer cette vie, à la figer, à la garder pour plus tard. Comme si, en accumulant les images, je pouvais retarder l’inéluctable : le temps qui passe, les fleurs qui fanent, les acrobaties qui ne sont plus qu’un souvenir.

« Tu sais, lui répondis-je en baissant mon appareil, moi aussi, je travaille. Je collecte des instants. Des preuves que le monde est beau, même quand on a mal aux articulations ou que les nuits sont trop courtes. Et puis… »sans moi pour te photographier, qui se souviendrait de toi dans dix ans ? Qui saurait que, un matin de printemps, un papillon jaune et noir a tenu tête à un vieil homme près d’un bosquet de lilas ? »

Il me regarda un instant, ou du moins, je crus qu’il me regardait. Puis, d’un mouvement vif, il s’envola vers une autre fleur, non sans m’avoir lancé, je le jure, un dernier « Pff, les artistes… » avant de disparaître.

 

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commentaires
E
Le papillon était fort occupé, mais il t'avait vu. Il t'a parlé. Il était pressé parce qu'il ne vit pas longtemps.
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C
Je viens de lire une belle histoire et j'ai vu tes superbes photos !<br /> Bonne journée . Amitiés cordiales
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F
Bonjour Gabray,<br /> C'est un solide gaillard ce papillon dit le Flambé, grand, beau et fort, comme son copain le Machaon.<br /> Une belle histoire qui fait sourire !<br /> Amicalement
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F
Belle histoire et jolies photos ! Cordiales amitiés
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T
Salut<br /> J'ai pas encore vu de papillon<br /> Le temps est encore ensoleillé mais on regarde la TV vu que l'on a marre de sortir.<br /> J'espère que tout va bien pour vous.<br /> Bonne semaine<br /> Tiotte et Tiot
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R
J'ai lu ton histoire avec grand plaisir et regardé tes splendides photos ; bravo !<br /> Passe un agréable week-end , Amitiés
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G
Et maintenant ne voila-t-il pas que tu fais parler le machaon amoureux du lilas !!!<br /> Et notre plaisir est toujours aussi important. <br /> Attendons avec impatience le prochain texte.
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D
Bonjour mais quel sublime papillon sur ce joli lilas chez nous il ne sont pas aussi joli oui et non bon samedi Claudine Daniel
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A
Ce un réel plaisir de découvrir cette belle histoire illustrée par de magnifiques photos !<br /> Je te souhaite une bonne soirée . Amitiés
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C
Bonsoir<br /> superbes ce papillon il se plait la ou il ai sur une fleur de lilas <br /> toujours de très jolies texte les photos sont magnifiques <br /> tu a eu de la chance de pouvoir le prendre en photo plusieurs fois il est très joli <br /> bise raymonde
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